Nourrir Fitz, partie 2 : l’effroi de l’approvisionnement de lait

J’allais écrire à propos de l’introduction des aliments solides dans la série Nourrir Fitz, mais quelque chose est arrivé la semaine passée qui m’a terrifiée, vraiment. À mon club de lecture du mercredi soir, je me suis laisser aller avec du vin (nous avions une bonne discussion sur la masculinité et sur notre sélection de livres récents : Martin John par Anakana Schofield et Fifteen Dogs par André Alexis. À cause de ma diète faible en glucides, le vin m’a frappée plus durement qu’à l’habitude, et le jour suivant, je me suis réveillée avec un mal de tête affreux et un bébé qui, à force de boire à mon sein devenait de plus en plus irrité. Je ne comprenais pas pourquoi Fitz était autant à cran, frustré et émotionnel, jusqu’à ce que je réalise que je ne sentais pas le réflexe d’écoulement du lait alors qu’il tétait. Alarmée par cette sensation absente et devenant de plus en plus effrayée, j’ai aussi réalisé que mes seins ne semblaient pas aussi pleins qu’à l’habitude. J’ai alors interrompu son boire pour faire sortir un peu de lait. Rien n’est sorti. Même pas une goutte.

Dans des circonstances normales, je peux entendre Fitz qui avale mon lait et je peux le voir s’accumuler sur le côté des lèvres de Fitz alors qu’il tète mon sein, et je peux sentir ce petit poing à l’intérieur de mon sein qui serre mes conduits de lait pour l’envoyer à mes mamelons. Mais ce matin, tous ces signes d’allaitement en santé avaient cessé. Je ne savais pas quoi faire. J’ai tout remis en question. Est-ce que c’était parce que je mangeais peu de glucides ? Est-ce que c’était parce que j’avais bu plus de vin qu’à l’habitude ? Est-ce que mon lait était parti pour de bon ? Étais-je une mauvaise mère ?

Photo par Fiddle Leaf Photography
Photo par Fiddle Leaf Photography

J’ai continué d’essayer d’allaiter Fitz et il continuait de se fâcher de plus en plus. J’ai essayé de lui faire faire une sieste mais il s’est battu contre le sommeil comme jamais il ne l’avait fait avant. Parce qu’il était affamé. Tellement affamé. À ce point, je me sentais vaincue, torturée par la culpabilité, j’avais honte. J’avais été une mère irresponsable. Je m’étais fait passer avant mon enfant et maintenant j’allais devoir le nourrir avec de la formule. Je suis en congé de maternité et Craig est au Northern Alberta Institute of Technology pour compléter son apprentissage, nous n’avons pas d’argent en extra pour la formule ! J’ai pleuré. J’ai paniqué. J’ai texté frénétiquement Craig, j’étais irrationnelle à cause de la peur, j’avais tellement peur que mon lait soit parti pour de bon. La réponse censée et calme de Craig était que j’étais probablement déshydratée à cause du vin, mais j’étais immergée dans le regret, l’inquiétude et le dégoût de soi. J’ai fait réchauffé du lait maternel congelé et j’ai donné à Fitz un biberon. Il était vorace et a englouti plus de 160 ml en très peu de temps, puis finalement il s’est endormi pour faire sa sieste.

Pendant que Fitz dormait, j’étais anxieuse, angoissée et agitée. J’étais incapable de penser de façon sensée ou de raisonner, alors mon esprit a tourbillonné et tourbillonné dans une ronde de regret sans fin, je me détestais d’être retournée au régime cétogène (faible teneur en glucides, riche en matières grasses), certaine que mon régime alimentaire était responsable de cet évènement catastrophique.  J’avais lu auparavant sur Reddit à propos du lait d’une femme qui avait séché et n’était jamais revenu à cause de son régime cétogène alors qu’elle allaitait. C’est sur cette pensée que j’étais fixée et je me détestais à cause de ça. Ma meilleure amie Layne m’avait avertie de la culpabilité et de l’inquiétude qui arrive en étant maman : ils sont insidieux, ils pénètrent votre cœur même et parfois vous volent toute votre objectivité.

Dans ce manteau d’anxiété, Fitz et moi sommes allés visiter Amie et Ezra qui étaient en visite de Victoria. J’étais tout en désordre. J’étais si distraite par mon anxiété que je ne pouvais même pas soutenir une conversation ! Aimante, compréhensive et rassurante, Amie a su que je devais faire quelque chose, alors elle m’a envoyée à la recherche de nourriture pour augmenter la production de lait. Ma solution : des glucides, tous les glucides que je pouvais trouver. Dans ma misère et mon auto-apitoiement, j’ai visité le restaurant Wendy’s et j’ai commandé un burger, des frites et un smoothie. J’ai mangé le tout en pleurant. J’ai aussi bu 3 litres d’eau et enfin mon lait est revenu. J’ai essayé d’allaiter Fitz avant de partir chercher ma mère, plus tard, et il y avait du lait. Je sentais le réflexe d’écoulement du lait et j’ai entendu des rots satisfaits de la part de Fitz. Mon lait était de retour.

Photo par Fiddle Leaf Photography
Photo par Fiddle Leaf Photography

J’étais convaincue que je n’avais plus de lait pour de bon, mais en réalité, mon lait avait seulement disparu pour quelques heures. Après m’être réhydratée et avoir mangé quelques repas, il est revenu en aussi grande quantité qu’avant. Ce qui donne raison à Craig depuis le début : j’étais juste déshydratée. Mon alimentation avait changé depuis plus de trois semaines quand cela s’est produit, alors c’est juste le vin qui a causé le tout. Mais au travers de cette épreuve (et c’est tout une épreuve, cela m’a vraiment troublée), j’ai réalisé à quel point l’allaitement est important pour moi.

Je suis une personne ouverte. Je suis honnête, imperturbable et crue dans mes meilleurs moments, mais je sais que je peux manquer de conscience de moi totale par moments. Cette frousse a placé l’allaitement au centre de tout ; il m’a forcée à prendre conscience à cette connexion émotive et primale que j’ai la chance de partager avec mon fils et j’ai pu prendre conscience de sa valeur. Une valeur qui n’est pas monétaire, qui a été instaurée avec l’allaitement. Jusqu’à ce jour, j’avais été totalement inattentive à ce que cette interaction signifie pour moi. À mon insu, je suis devenue ardemment attachée à l’allaitement. Nourrir mon fils de cette façon m’a permis de créer un lien tangible, bien qu’invisible. Un lien que je ne suis pas encore prête à couper. Je ne sais pas quand je vais être prête. Comme plusieurs bébés, Fitz risque de se sevrer lui-même, ou je vais peut-être me retrouver dans une situation où je n’aurai plus de lait et où je devrai le sevrer de force. Pendant ce temps, ma nouvelle conscience a apporté une lueur rose à l’allaitement, et je la chérirai aussi longtemps que ça dure.

Lire Nourrir Fitz : l’allaitement ici

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