Nourrir Fitz : l’allaitement

Cet est article est écrit par Athena Raypod du blogue The Salty Almond sur lequel on peut le lire également. Athena est une rédactrice pigiste qui habite à Edmonton. Athena aime raconter des histoires : à propos d’être mère, sur les mariages, l’entrepreneuriat et la nourriture. Écrire à propos de ses aventures culinaires à The Salty Almond, les articles de Athena ont aussi été publiés sur Eat This Poem, The Edmomton, et A Practical Wedding.

Pour plusieurs bébés, le lait maternel est leur première source de nutrition complète et l’allaitement vient avec autant de luttes et de défis que de cuisiner un repas (parfois plus, parfois moins). Je veux écrire sur ce sujet ici, parce que c’est présentement une énorme partie de ma vie en ce moment, l’allaitement influence sur ce que je mange et c’est aussi la seule façon dont mon fils se nourrit.

Pour moi, l’intérêt envers l’allaitement m’est moins venu à cause des liens qui se créent pendant l’allaitement, ni même pour la bonne nutrition de bébé, mais plutôt à cause du prix : c’est gratuit. Si vous connaissez mon mari, vous savez que Craig pense toujours au coût de tout, alors nous ne nous sommes même pas posés la question à savoir si nous allions allaiter ou non puisque nous ne voulions pas payer pour de la formule.  Plusieurs personnes ont tenté de me convaincre de tous les avantages et les bénéfices comme la proximité, le meilleur système immunitaire et des statistiques de santé, mais ils n’en avaient pas besoin parce que c’est gratuit. C’est tout ce dont j’avais besoin.

Picture taken by Kelly Marleau of Fiddle Leaf Photography (www.fiddle-leaf.com)
Photo prise par Kelly Marleau de Fiddle Leaf Photography

Par contre, l’allaitement n’est pas toujours aussi simple qu’on l’imagine. Avant de décider d’allaiter, j’avais vu ou entendu parler des amies qui souffraient de mastite (une infection du sein souvent causée par des conduits de lait obstrués), une grive (une infection à levure), une mauvaise prise du sein causant des dommages aux mamelons, des freins de langue (qui préviennent une bonne prise du sein) et de la production de lait trop petite. Alors que le monde semble vouloir montrer que l’allaitement est simple, c’est en fait très complexe au début et pour certaines, tout au long.

Conscients de toutes ces embûches qui pouvaient se présenter, et avec plusieurs connaissances en tête, nous voulions nous équiper du plus d’outils et d’informations possible pour s’organiser de façon à ce que l’allaitement de notre fils soit un succès dès sa naissance. J’ai lu le guide de l’allaitement naturel par Ina May, j’ai été lire une tonne d’articles en ligne, j’ai installé une application de suivi des boires et des changements de couches et nous avons suivi un cours intitulé « Alberta Health Services’s Breastfeeding Class ». Je pensais que j’étais prête. Je pensais que je savais tout ce que j’avais besoin de savoir. Je pensais que cela serait si simple.

 

Rien n’aurait pu me préparer pour mon accouchement, mais c’est totalement une autre histoire. Pas besoin de préciser, le premier repas de Fitz a été de la formule et du glucose à la pouponnière de l’hôpital puisque j’étais encore inconsciente et que son taux de sucre était bas. Il a eu une entrée dans le monde très difficile, mais une fois que nous avons été réunis (quatre heures après sa naissance, malheureusement), il a eu facilement une bonne prise de mon sein et j’ai allaité en peau à peau pendant les six heures suivantes sans arrêter (avant que le lait n’arrive, les seins produisent du colostrum qui est rempli d’anticorps qui protègent le corps des maladies). Je ne savais pas, par contre, que nous avions une mauvaise prise du sein. Fitz, était tout simplement paresseux : il s’y est bien pris à l’origine (la bouche bien ouverte avec la majorité de l’aréole dans celle-ci), mais éventuellement, il a glissé de façon à ce qu’il ne suce presque uniquement mon mamelon (en rétrospective, ça aurait pu être ma faute car j’aurais pu mal le soutenir, mais j’en doute parce qu’au début je tenais sa petite tête si solidement). Étant donné que j’étais nouvelle en ce qui concerne l’allaitement, et puisque cela ne faisait pas mal, je n’avais aucune idée de tout cela jusqu’à ce que mes mamelons soient de couleur mauve à cause de blessures.

Lors de notre quatrième et dernier jour à l’hôpital, j’ai remarqué que mes mamelons étaient endommagés et que mon lait commençait à arriver. Nous avons donc décidé de rencontrer une consultante en allaitement pour nous assurer que je permettais à Fitz d’avoir une prise du sein correcte, ce qui a beaucoup aidé. Mais personne ne vous dit que lorsque le lait arrive, vous serez fort probablement très engorgée. Tout a commencé avec un sentiment d’abondance qui a continué de progresser en un engorgement douloureux qui a rendu ma poitrine massive, dure et bosselée ce qui empêchait une prise du sein correcte. Venant tout juste de revenir à la maison, étant presque incapable de marcher à cause de ma césarienne en plus de la dépression post partum qui arrivait, je n’étais pas du tout prête à gérer mes seins engorgés.

Suite à avoir trop bougé dans la maison pour tout nettoyer, j’ai essayé de tirer mon lait, mais je n’ai pratiquement sorti aucun lait. J’étais épuisée, émotive, enflée et j’avais tellement de douleur (j’avais oublié que j’avais des anti-douleurs sans la présence d’une infirmière pour me les donner) ce qui me rendait incroyablement sensible (particulièrement aux bruits), alors que ma maison était pleine de famille excitée d’interagir avec Fitz, je me suis enfermée dans la chambre de bébé pour pleurer. J’ai beaucoup pleuré.

Je n’aurais jamais imaginé qu’être mère serait aussi difficile, que l’allaitement pouvait provoquer une agonie aussi forte. Mais seule, j’ai été capable de faire la part des choses et de penser clairement. Je me suis tournée vers La Ligue La Leche pour de l’aide et j’en ai trouvé ; le ramollissement par pression inverse, une technique pour assouplir mon aréole et pour permettre à Fitz d’avoir une bonne prise du sein. Ça a été mon plus gros défi, la partie la plus difficile. Essayer de naviguer entre l’engorgement, l’allaitement, une incision douloureuse et la dépression post partum, tout ça en même temps c’était l’enfer. Je me sentais aveuglée et incapable de m’en sortir. Cette nuit-là, j’ai pleuré en disant à ma mère que je me sentais comme une mauvaise mère (ce qui évidemment n’était pas le cas, mais la dépression post partum est intense).

Pour les 10 jours qui ont suivi, la dépression post partum m’a fait pleurer à tous les soirs, sans pause, et à chaque fois que j’allaitais Fitz, je ressentais un douloureux pincement à mes mamelons. J’ai essayé d’utiliser des coussinets pour les mamelons en coton, mais ils se retrouvaient croûtés et collaient à mes mamelons endoloris, j’ai appliqué de la lanoline après chaque boire et j’ai persisté malgré la douleur. Plusieurs fois, ma mère m’a proposé de lui donner de la formule à la place, mais j’étais déterminée. Après deux semaines, mes mamelons ont guéri, Fitz a appris comment avoir une bonne prise pour boire et j’ai finalement senti comment je savais que cela devait se passer. C’est autour de ce moment que j’ai commencé à sentir la libération du lait (c’est quand la succion du bébé déclenche la sortie du lait), et c’était presque douloureux : comme un petit poing à l’intérieur de mes seins qui empoignait fermement mon intérieur. La sensation était passagère, elle ne restait pas plus de 15 secondes, mais elle était étonnamment forte.

Quand Fitz a eu six semaines et que nous rendions visite à ma sœur à Saskatchewan, j’ai remarqué que mon sein gauche était endolori et sensible sur un côté. La sensibilité s’est transformée en une tache rouge douloureuse accompagnée de douleurs partout dans mon corps similaire à celles de la grippe. J’avais mal partout, même Craig qui frottait mon dos me faisait mal. Après avoir consulté ma meilleure amie, Layne, j’ai réalisé que j’avais une mastite et j’ai pris des antibiotiques. Ça m’a pris deux jours avant de me sentir redevenir normale. Un mois plus tard, j’ai remarqué une sensibilité à nouveau et j’ai consulté un médecin immédiatement.

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Photo prise par Kelly Marleau de Fiddle Leaf Photography

Depuis ce temps, je n’ai pas eu d’autres problèmes, à part celui de l’engorgement qui vient lorsque Fitz dort 8 heures ou plus, ou lorsque je sors trop longtemps sans allaiter comme à l’habitude. La fin de semaine dernière à « Get Cooking Brunch Pop Up », ma poitrine a commencé à produire beaucoup de lait et je suis devenue engorgée par le temps que je retourne voir Fitz. Par contre, le soulagement qui vient avec un bébé qui allaite un sein plein n’a pas d’égale (une pompe ne saurait répliquer cette sensation). Mon amie Amie décrit le mieux cette sensation d’allaitement comme une corde qu’on tire de loin à l’intérieur de votre sein jusqu’à votre mamelon. C’est une sensation très satisfaisante une fois qu’on passe au travers des premières fois. Il y a aussi un sentiment d’accomplissement que je ressens lorsque j’allaite, le sentiment d’avoir un but et une connexion. Je suis la source de nourriture de mon bébé, sa sécurité et sa sureté. En le regardant grandir et en le voyant devenir plus conscient de tout, il recherche cette sûreté, cette nourriture, à mon sein.

Photo by Fiddle Leaf Photography

Près de six mois plus tard, j’ai encore cette sensation lorsque le lait sort (elle est soit plus discrète, ou bien je m’y suis habituée), maintenant Fitz est distrait lorsqu’il est à mon sein. Au début, il buvait presque sans arrêt, j’ai pu écouter les 11 saisons de Grey’s Anatomy en une période de temps ridiculement court puisque je ne pouvais rien faire d’autre pendant que j’allaitais. Désormais, je dois l’allaiter seule dans sa chambre ou bien il va tourner la tête de tous côtés (parfois avec mon mamelon encore bien dans sa bouche) pour pouvoir regarder la télévision ou la personne qui me parle. Il aime aussi me faire des sourires et me parler en bougeant ses bras et ses mains, agrippant mon chandail ou mes cheveux dans ses mains telles des pinces. Avec sa croissance et son développement, il ouvre la bouge avec anticipation et montre de l’impatience envers moi pour que je sorte ma poitrine pour lui, comme : « Allez maman, j’ai faim là! »

En repensant à mes débuts, je considère que ça en valait la peine. Oubliez la commodité de l’allaitement (pas de bouteilles à laver ou réchauffer), ou sa rentabilité (les formules peuvent coûter jusqu’à 2000$ par année), la valeur globale d’endurer tout ça en valait la peine (pour moi). Je suis chanceuse que mon fils accepte de prendre une bouteille de lait maternel donnée par n’importe qui, il préfère tout de même le sein ; je sais que ce n’est pas tous les enfants qui acceptent de boire aux deux, et parfois les bébés préfèrent le débit plus rapide d’une bouteille. Je suis aussi chanceuse d’avoir pu parler de mon expérience personnelle avec l’allaitement. Ça va si vite, vraiment. Bientôt, nous allons essayer des aliments solides (encore, il n’en a pas raffolé la première fois), j’ai tellement hâte de faire découvrir à Fitz le monde de la nourriture (et la cuisine, mais ça devra attendre encore un peu).

 

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